L’or de Tasiast : la Mauritanie ne doit plus se contenter des miettes

Il était temps que la question soit posée avec vigueur et clarté! Depuis des années, l’or mauritanien rapporte des sommes considérables aux entreprises qui l’exploitent. Pourtant, dans un pays confronté à d’immenses défis économiques et sociaux, les retombées de cette richesse ne semblent pas toujours à la hauteur des attentes de la population. Le contraste est saisissant : d’un côté, un métal précieux dont la valeur ne cesse de susciter les convoitises ; de l’autre, un pays qui a encore tant besoin de ressources pour financer son développement et améliorer les conditions de vie de ses citoyens.

Comment ne pas s’interroger devant un tel paradoxe ? Comment accepter que l’or extrait du sous-sol mauritanien contribue à bâtir des fortunes, alors que la Mauritanie doit encore se battre pour mobiliser les moyens nécessaires à son développement ? Cette situation mérite mieux que des constats de circonstance. Elle appelle une véritable réflexion sur la manière dont les richesses nationales sont exploitées et, surtout, sur la part qui revient effectivement au pays.

Car il faut le rappeler : l’or de Tasiast n’est pas une richesse ordinaire. Il appartient à un patrimoine national qui, par sa nature même, doit profiter à la collectivité. Son exploitation devrait contribuer davantage au financement des écoles, des hôpitaux, des infrastructures et des nombreux projets dont le pays a besoin. La Mauritanie ne peut pas se contenter de regarder ses ressources partir de son sous-sol sans exiger, en retour, des bénéfices à la hauteur des enjeux.

C’est pourquoi la démarche du ministre des Finances, M. Codioro Moussa N’Guenore, mérite d’être saluée.

En recevant mardi, à Nouakchott, une délégation de Tasiast Mauritania Limited (TMLSA), filiale de Kinross Gold Corporation, conduite par M. Daniel Fombonne, vice-président principal chargé des relations extérieures du groupe, le ministre a abordé un sujet essentiel : la contribution de l’entreprise à l’économie nationale et aux recettes du budget de l’État.

La délégation comprenait également M. Baba Salihi, vice-président de la société en Mauritanie, et M. Brahim Mbareck, président de son conseil d’administration.

Certes, les échanges ont porté sur le renforcement de la coopération entre les deux parties et sur les perspectives de consolidation de leur partenariat. Mais derrière ces formules diplomatiques se cache une question que les Mauritaniens sont en droit de poser : que rapporte réellement au pays l’exploitation de son or, au regard des richesses qu’elle génère ?

Cette question est d’autant plus légitime que les cours de l’or connaissent une forte envolée. Lorsque les prix augmentent et que les perspectives de gains s’améliorent pour les exploitants, il est normal que l’État s’interroge sur les moyens de mieux valoriser cette conjoncture au profit des finances publiques. Le pays qui abrite cette richesse ne doit pas être le grand oublié d’une telle embellie.

Bien entendu, il ne s’agit pas de nier les investissements réalisés par les entreprises minières, ni de méconnaître les contraintes auxquelles elles sont soumises. Les investisseurs ont leurs intérêts, leurs charges et leurs objectifs de rentabilité. Mais la Mauritanie a aussi les siens. Et ces intérêts doivent être défendus avec détermination.

Une entreprise peut parfaitement réaliser des bénéfices tout en contribuant plus largement au développement du pays dans lequel elle exerce ses activités. Le respect des obligations fiscales et contractuelles est indispensable, mais il ne doit pas faire oublier l’enjeu plus large de la responsabilité économique et sociale. Exploiter une ressource non renouvelable, c’est aussi participer à l’avenir du pays qui la possède.

C’est précisément sur ce terrain que le ministre des Finances mérite d’être encouragé. En plaçant la contribution de Tasiast à l’économie nationale au cœur des discussions, il rappelle une évidence trop souvent reléguée au second plan : le partenariat avec les grandes compagnies minières doit aussi servir les intérêts de la Mauritanie.

Encore faut-il que cette volonté se traduise dans les faits. Les discussions doivent déboucher sur des résultats concrets, une meilleure mobilisation des recettes publiques et des retombées économiques plus importantes pour le pays. Les Mauritaniens n’attendent pas seulement de bonnes relations entre l’État et les entreprises. Ils veulent pouvoir constater que l’exploitation de leurs richesses contribue réellement à améliorer leur quotidien.

Le ministre a d’ailleurs réaffirmé l’engagement de son département à construire un partenariat durable avec l’entreprise, au service du développement économique national et du renforcement des ressources publiques. La réunion s’est tenue en présence de M. Hanoune Mohammed Ahmed, directeur du contrôle et des enquêtes fiscales et directeur général de l’Agence des impôts.

Cette rencontre constitue donc une occasion à saisir. Il ne s’agit ni de dresser les investisseurs contre le pays qui les accueille, ni de remettre en cause la place du secteur minier dans l’économie nationale. Il s’agit simplement de rétablir un équilibre plus juste entre les intérêts des entreprises et ceux de la collectivité mauritanienne.

Car enfin, à quoi servirait de disposer de richesses naturelles aussi précieuses si leur exploitation ne permettait pas de répondre, davantage, aux besoins du pays ? L’or ne peut pas être considéré comme une bénédiction pour la seule entreprise qui l’extrait. Il doit aussi être une chance pour la nation, un moyen de renforcer les finances publiques et un instrument de progrès social.

Pendant trop longtemps, la Mauritanie a donné le sentiment de ne pas tirer pleinement profit de ses ressources minières. Il appartient désormais aux pouvoirs publics de corriger ce déséquilibre, en faisant valoir les droits et les intérêts du pays avec fermeté, dans le respect des lois et des engagements qui encadrent les activités minières.

Or : les bénéfices indécents de Kinross en Mauritanie – La Dépêche de Mauritanie et du Sahel

Bravo au ministre des Finances d’avoir remis cette exigence au centre du dialogue avec Tasiast ! La démarche mérite d’être encouragée, car elle pose les bases d’une discussion indispensable sur le partage des richesses nationales.

Mais le plus important reste à venir : transformer les intentions en actes et faire en sorte que les retombées de l’exploitation de l’or soient davantage perceptibles dans la vie des Mauritaniens.

La Mauritanie n’a pas à rougir de ses richesses. Elle doit, au contraire, veiller à ce qu’elles deviennent un véritable moteur de développement. Son or ne doit pas seulement enrichir les bilans des compagnies minières ; il doit aussi contribuer à réduire la pauvreté, à financer les services publics et à préparer un avenir meilleur pour les générations futures.

La Mauritanie ne demande pas de faveur. Elle demande simplement que ses richesses profitent davantage à son peuple. Car il n’est ni juste ni acceptable qu’un pays encore confronté à tant de difficultés se contente des miettes alors que son sous-sol recèle des fortunes. L’or de Tasiast doit aussi faire la richesse de la Mauritanie.

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