« La rente mémorielle ne construit pas un État de droit »

Depuis l’Algérie, où je me trouve pour des raisons professionnelles, j’ai lu avec une profonde stupéfaction la déclaration de Samba Thiam. Ce qui suscite l’inquiétude n’est pas seulement le contenu de la critique, mais surtout la contradiction flagrante liée à l’identité même de son auteur.
Il est pour le moins inacceptable que le discours sur l’État de droit soit porté par quelqu’un qui n’en a jamais été un modèle de respect. Son nom reste en effet associé, à une période charnière de l’histoire nationale, à la fondation d’un mouvement séparatiste qui a entraîné une partie de la jeunesse de sa communauté — militaires et intellectuels — dans une aventure armée en dehors de l’État et de la légalité, à un moment où les composantes nationales vivaient une cohabitation historique et naturelle.
Tout ce qui est aujourd’hui désigné sous l’appellation de « dossier du passif humanitaire », transformé par certains courants flamistes et leurs alliés en capital politique et en rente mémorielle, n’est nullement le fruit d’un destin céleste. Il constitue la conséquence directe de cette aventure hasardeuse qui a fait sortir le conflit de son cadre national pour l’engager dans une trajectoire de confrontation étrangère à l’État de droit et à la logique institutionnelle.
Dès lors, le discours actuel sur les libertés et l’indépendance de la justice, tenu sur le ton d’un prêche moral, manque du minimum de cohérence politique et historique. L’État de droit ne se construit ni par le blanchiment du passé, ni par l’exploitation des blessures, mais par la reconnaissance des erreurs et l’acceptation des responsabilités qui en découlent.
Prétendre aujourd’hui que la Mauritanie évoluerait en dehors du cadre légal relève d’un déni délibéré du processus réformateur clair engagé par l’État sous la conduite de Son Excellence le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani — un processus fondé sur l’apaisement, la consolidation des institutions et le traitement des dossiers sensibles à l’écart des surenchères et des provocations.
Soyons clairs : la critique est un droit, mais la surenchère est inacceptable, et l’instrumentalisation de la mémoire à des fins politiques est condamnable. Ceux qui ont contribué à sortir le conflit du champ de la légalité ne sont ni moralement ni politiquement qualifiés pour donner des leçons en la matière. L’État de droit se sert par la responsabilité, non par la reproduction permanente d’un discours de crise.
Ahmed Khattry
Membre du Bureau politique du parti El Insaf