OMVS : les experts tirent la sonnette d’alarme, les ministres attendus au tournant

Réunie officiellement du 27 au 29 janvier, à Nouakchott, la commission des experts préparatoires à la 78ᵉ session ordinaire du Conseil des ministres de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a dressé un constat sans concession de la situation de l’institution. Entre tensions financières persistantes, retards dans l’exécution des projets structurants et défis techniques croissants, l’organisation fait face à une équation de plus en plus complexe.

Présidée par Mohamed Mokhtar Mahmoud, la commission a passé au peigne fin pas moins d’une quinzaine de rapports, allant des rapports d’activités et états financiers du Haut-Commissariat et de ses sociétés (Sogenav, Sogeoh, Sogem, Sogem etc.) aux programmes d’activités et budgets pour l’exercice 2026. Une analyse de la situation qui met en lumière les fragilités d’un système sous pression.

Finances sous tension et arriérés persistants

Sur le plan financier, les experts relèvent, sur le budget du Haut Commissariat, un taux d’exécution budgétaire de 83,87 % pour l’exercice 2025, avec des recettes mobilisées à hauteur de 3,746 milliards de FCFA. Toutefois, les arriérés de contributions des États membres demeurent préoccupants, atteignant environ 851 millions de FCFA, dont l’essentiel est imputable à la Guinée et à la Mauritanie. Une situation qui entrave la capacité de l’OMVS à honorer ses engagements et à maintenir le rythme de ses projets.

La commission recommande ainsi aux ministres d’inviter fermement les États concernés à apurer leurs arriérés dans les meilleurs délais, conformément aux textes en vigueur, tout en appelant à une meilleure traçabilité des paiements. Un paiement de la Mauritanie se trouverait toujours dans les méandres des circuits bancaires.

Projets structurants : entre manques de moyens et blocages

Les experts ont également examiné l’état d’avancement des grands projets hydroélectriques et de navigation, notamment ceux de Gouina, Félou, Gourbassi, Golbassi, Koukoutamba, Bura, Badoumé ou encore le projet de navigation fluviale. Si certains affichent des taux d’exécution satisfaisants, d’autres accusent des retards notables, principalement en raison de difficultés de mobilisation des financements.

La commission encourage le Haut-Commissariat à intensifier les démarches auprès des bailleurs et des États pour sécuriser les ressources nécessaires, tout en accélérant la préparation des nouveaux projets issus de la phase post-GIRE 2.

Infrastructures vieillissantes, alerte sur les barragess

Autre sujet d’inquiétude : l’état des infrastructures, en particulier au niveau des barrages. Bien que la stabilité globale ne soit pas remise en cause, les experts signalent un ralentissement inquiétant des opérations de maintenance, faute de moyens financiers suffisants. Certains équipements clés, comme le portique aval, au niveau de la SOGED, par exemple. est à l’arrêt, tandis que les appareils de manutention présentent un niveau de dégradation avancé.

Une situation jugée préoccupante, qui appelle une mobilisation urgente de ressources pour éviter une détérioration plus grave du patrimoine commun.

Gouvernance et réformes : des décisions toujours attendues

Sur le plan institutionnel, la commission note un retard dans la mise en œuvre de plusieurs résolutions antérieures, notamment celles relatives à la réforme du système de financement et à l’autofinancement de l’organisation. Elle recommande d’accélérer l’exécution des décisions non encore appliquées et de renforcer le dialogue de gestion au sein du Haut-Commissariat.

Les experts plaident également pour une rationalisation des dépenses, la poursuite de la dématérialisation des procédures, le recours accru à la visioconférence pour les réunions techniques, ainsi qu’une évaluation du personnel afin d’améliorer la performance globale.

Des solutions qualifiées de marginales visant à réduire le train de vie et les charges de fonctionnement. L’OMVS fait en effet face à d’importantes difficultés de trésorerie.

Un plan social-réduction des effectifs– pourrait aussi être envisagé afin d’assainir la gestion des ressources humaines et de contenir la masse salariale dans une organisation qui n’a pas échappé au népotisme politique.

Un huis clos ministériel qui en dit long

Désormais, tous les regards se tournent vers le Conseil des ministres de l’OMVS, tenu à huis clos pour examiner ces recommandations. Il a déjà prorogé les délais de réunion. Si la commission des experts a clairement tiré la sonnette d’alarme, le suspense demeure entier quant aux résolutions qui seront entérinées pour sortir l’organisation du guêpier financier et technique dans lequel elle s’enlise. Une seule certitude, Ould Abdelvetah dont le mandat expire en novembre prochain va rendre son tablier au profit d’un nouveau HC de nationalité Sénégalaise.

Néanmoins, les décisions attendues seront déterminantes pour l’avenir de l’OMVS, à un moment où les enjeux de sécurité hydrique, énergétique et alimentaire dans le bassin du fleuve Sénégal n’ont jamais été aussi cruciaux.

Nous y reviendrons

Jedna Deida

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