En Mauritanie, la SNIM, vaisseau amiral de la croissance, monte en puissance

Le navire minéralier avance tel un géant des mers en direction du Cap Blanc. En cette matinée de novembre, le ciel est bleu, la mer est d’huile. À la passerelle de commandement, Mohamed Ould Kotob scrute l’horizon avec ses jumelles. À quelques miles nautiques des côtes mauritaniennes, le capitaine manœuvre le navire de grande envergure, l’un des plus imposants de sa catégorie. « Nous prévoyons d’être à quai dans vingt minutes », lance-t-il à la radio en direction du maître du port minéralier de Nouadhibou.
L’échange radio rythme l’approche du navire. Au port minéralier de Nouadhibou, une communication en apparence ordinaire, mais qui est bien le signe d’une transformation profonde dans les infrastructures locales.
Quelques années en arrière, une telle manœuvre était impensable au regard de la taille et du poids d’un tel navire. L’ancien port limitait les opérations à des bateaux minéraliers de 150 000 tonnes, contraint par un tirant d’eau de 16,15 mètres. « Nous sommes sur un des plus grands minéraliers au monde. C’était vraiment impossible de manœuvrer un navire d’une telle envergure dans l’ancien port », se souvient Mohamed Ould Kotob.
Avec les travaux réalisés ces dernières années, la donne a changé. Le chenal, dragué sur 25 kilomètres, dépasse désormais 22 mètres de profondeur, offrant un tirant d’eau de plus de 18 mètres. Résultat : le port minéralier de Nouadhibou peut accueillir de très grands minéraliers. « Actuellement, les navires peuvent être chargés jusqu’à 230 000 tonnes », confirme le marin.
Capitaine de la marine marchande et pilote senior à la Société nationale industrielle et minière (SNIM) depuis trente ans, Mohamed Ould Kotob voit dans ce saut capacitaire une rupture nette avec le passé. Fini les contraintes techniques qui limitaient l’exportation et, par extension, la compétitivité de la filière minière mauritanienne.
Une chaîne logistique bien huilée
De fait, le port minéralier de Nouadhibou n’est que l’aboutissement d’une chaîne logistique qui commence bien plus loin, dans les mines, au cœur du désert. Chaque jour, des trains parmi les plus longs au monde – jusqu’à 2,5 kilomètres – traversent plus de 700 kilomètres pour acheminer le minerai de fer. « Je conduis l’un des trains les plus longs du monde, assure fièrement Mohamed Takyoullah, qui fait ce métier depuis vingt ans. D’une certaine manière, je conduis le moteur de l’économie mauritanienne. ».
Comme le port, le rail qui transporte le minerai de fer s’est modernisé. « Avant, les locomotives étaient vieillissantes, raconte Mohamed Takyoullah. Aujourd’hui, nous conduisons des machines modernes, plus puissantes et plus fiables, capables de transporter des volumes bien plus importants. »
Cette modernisation soutient une montée en puissance progressive de la production. Il y a trente ans, l’épuisement du premier gisement de Tazadit a poussé la SNIM à revoir sa stratégie. « Nous avions l’obligation d’investir davantage à chaque étape de la chaîne de valeur afin de continuer à servir nos clients, de l’extraction à l’enrichissement, en passant par le transport jusqu’à l’exportation », explique Cheikh Melanine, ingénieur de production. Ces investissements, accompagnés d’autres projets en partenariat avec des firmes internationales, permettent désormais de viser, à moyen terme, une production annuelle de 45 millions de tonnes de minerai de fer, alors qu’elle n’était que dix millions de tonnes dans les années 1980.
L’amélioration ne concerne pas seulement les volumes, elle porte aussi la qualité. Le minerai magnétite, présent naturellement avec une teneur en fer d’environ 30 %, est aujourd’hui exporté enrichi à 66 %. « Cette hausse de la teneur en fer s’est faite grâce aux usines d’enrichissement et à des investissements ces dernières années dans des équipements de production de dernière génération », précise l’ingénieur. Une évolution décisive sur un marché international de plus en plus compétitif, rendue possible par l’accompagnement des actionnaires de la SNIM et des bailleurs des fonds dont le Groupe de la Banque africaine de développement, qui a mobilisé 500 millions de dollars américains depuis 1978 pour accompagner la trajectoire de développement de la SNIM.
La SNIM, fleuron industriel de la Mauritanie
Autre enjeu central, l’énergie. Dépendante, à ses débuts, des combustibles fossiles, l’industrie minière mauritanienne amorce un virage vers un mix plus durable. « Sur l’ensemble de nos sites, nous avons déployé 19 mégawatts d’énergies renouvelables, entre le solaire et l’éolien », détaille Houley N’Dongo, ingénieure spécialiste de l’environnement à la SNIM. À l’usine de Nouadhibou, le parc éolien de quatre mégawatts permet à lui seul de couvrir près de 30 % des besoins énergétiques du site. « Nous évitons ainsi l’émission d’environ 12 000 tonnes de CO₂ par an. Et ça, c’est bon pour l’environnement ! », conclut-elle, en souriant.
Avec près de 7 000 salariés et une contribution représentant environ 9 % du PIB mauritanien, la SNIM s’impose comme un acteur central de l’économie nationale. Sur les quais, au cœur du désert ou dans les salles de contrôle, tous expriment la même fierté « Ce que nous faisons ici contribue au développement de notre pays, la Mauritanie. »
La nuit tombe doucement sur Nouadhibou. À son poste de commandement, sur la passerelle, Mohamed Ould Kotob suit du regard la coque du navire qui se détache du quai, éclairée par les projecteurs. « Larguez les amarres, nous partons », annonce-t-il à la radio.
Le vaisseau amiral de la SNIM, chargé de centaines de milliers de tonnes de minerai de fer, glisse hors du port. Dans le ronron des moteurs, bercé par le clapot des vagues de l’océan, le capitaine sait qu’il transporte bien plus qu’une cargaison : le fruit du travail de milliers de Mauritaniens qui œuvrent à l’émergence de leur pays.
En Mauritanie, la SNIM, vaisseau amiral de la croissance, monte en puissance