L’Europe des principes… et celle de l’imposture!

L’Union européenne se veut une puissance normative, une référence mondiale en matière de droits humains, de démocratie et d’État de droit. À travers des institutions comme la Cour européenne des droits de l’homme, le Conseil de l’Europe, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne ou encore le Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme, elle s’est dotée d’un arsenal institutionnel censé garantir et promouvoir les libertés fondamentales. Sur le papier, peu d’espaces politiques peuvent rivaliser avec une telle architecture. L’Europe était aussi un recours de Justice.
Mais ce socle normatif impressionnant vacille dès lors qu’il s’agit d’Israél. Les nombreux conflits attisés par l’extrême droite israélienne sous la conduite du criminel de guerre, B. Netanyahou, agissent aujourd’hui comme un révélateur brutal d’une dichotomie persistante entre le discours européen et ses pratiques. Là où l’on attendrait une ligne claire fondée sur le droit international et les principes universels, s’impose trop souvent une lecture sélective, dictée par des complexes historiques et une complicité souvent active.
Longtemps, des dirigeants -comme le hongrois Viktor Orbán – ont incarné le soutien assumé au gouvernement génocidaire israélien. Mais il n’est plus là. Le flambeau a été repris par d’autres responsables européens, à l’image de Friedrich Merz en Allemagne ou de Giorgia Melloni en Italie. Une continuité politique où la solidarité affichée avec Benjamin Netanyahou, recherché pour crimes de guerre et contre l’humanité, prime désormais les étendards des libertés et des droits de l’homme.
L’Allemagne occupe, malheureusement, dans ce paysage, une place singulière et de plus en plus rejetée. Son “complexe” historique envers Israël est indéniable, mais il soulève aujourd’hui des interrogations profondes. Des voix critiques dénoncent des restrictions visant certaines manifestations propalestiniennes sur son sol, ainsi qu’un soutien diplomatique, financier et militaire constant, y compris face à des accusations répétées de violations du droit international. Ce positionnement interroge d’autant plus qu’il semble parfois entrer en tension avec les décisions ou enquêtes d’instances comme la Cour pénale internationale ou les principes inscrits dans la Organisation des Nations unies.
Au-delà du cas allemand, c’est l’ensemble de la crédibilité européenne qui est en jeu. Comment continuer à donner des leçons de gouvernance et de respect des droits humains lorsque l’application de ces principes apparaît à géométrie variable ? Comment défendre l’universalité du droit si celui-ci semble s’adapter aux rapports de force ?
Cette fracture traverse aujourd’hui le continent. D’un côté, des pays comme Espagne ou Irlande plaident pour une approche plus équilibrée et conforme au droit international. De l’autre, des pays européennes soutiennent un gouvernement extrémiste et un Etat terroriste au détriment des principes et idéaux qu’ils revendiquent.
Même la mobilisation citoyenne — parfois massive, avec des pétitions et des appels publics — semble peiner à infléchir ces orientations. Ce décalage entre les aspirations des sociétés civiles et les choix gouvernementaux renforce l’idée d’une Europe à deux vitesses : celle des valeurs proclamées, et celle de l’imposture officielle.
À terme, ce fossé qui se creuse toujours au péril de l’incohérence des politiques. En fragilisant son propre discours, l’Europe prend le risque de voir son influence morale s’éroder — et avec elle, sa capacité à peser sur les grandes crises du monde.
Peut-être est-ce là un retournement ironique de l’histoire : ceux qui se posent en donneurs de leçons pourraient être pointés, accusés des violations dont ils défendent aujourd’hui les auteurs. Pour sa part, le gouvernement israélien assume l’impunité comme un feu-vert de l’Europe à plus de guerres, de massacres et d’instabilité dans le monde.