BCM : hausse du taux directeur pour atténuer les tensions inflationnistes

Dans un précédent article, nous nous interrogions sur un possible « effet domino » de la crise économique mondiale sur les monnaies africaines, en particulier celles des pays les plus fragiles. La réponse, s’agissant de la Mauritanie, semble désormais claire : le Conseil de politique monétaire de la Banque centrale de Mauritanie (BCM) a décidé de relever le taux directeur de la monnaie nationale.
En économie, lorsqu’une banque centrale augmente son taux directeur, elle cherche à influencer l’activité économique. Concrètement, cette décision vise généralement à contenir l’inflation et à freiner la hausse continue des prix. Les économistes parlent alors d’une politique destinée à « refroidir » l’économie.
Dans notre précédente analyse, une question revenait avec insistance : jusqu’à quand l’ouguiya pourrait-elle résister aux secousses qui affectent de nombreuses monnaies africaines ? Était-elle réellement à l’abri des turbulences provoquées par la crise mondiale ?
La réponse semble aujourd’hui s’imposer d’elle-même. Même si l’ouguiya ne figurait pas parmi les monnaies africaines les plus exposées, elle présentait néanmoins plusieurs signes de vulnérabilité. La hausse du dollar, l’envolée des prix du pétrole et la dépendance du pays aux importations exercent une pression croissante sur l’économie nationale.
Dans ce contexte, le Conseil de politique monétaire de la BCM a constaté « une remontée progressive des pressions inflationnistes », alimentée notamment par la hausse des prix internationaux de l’énergie et des produits alimentaires, mais aussi par un niveau élevé de liquidités dans le système bancaire.
Pour tenter de contenir ces tensions, la Banque centrale a annoncé une hausse de 50 points de base de son taux directeur, désormais porté de 6 % à 6,5 %.
À travers cette mesure, la BCM utilise l’un des principaux instruments dont elle dispose pour agir sur l’économie. En rendant le crédit plus coûteux, elle cherche à limiter les pressions inflationnistes, stabiliser l’ouguiya et réduire la volatilité monétaire dans un contexte international particulièrement instable, marqué notamment par les conséquences économiques de la crise au Moyen-Orient.
Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques. Une dépréciation monétaire peut elle-même alimenter l’inflation en renchérissant les produits importés et les prix à la consommation. Le ralentissement du crédit peut également peser sur l’activité économique et l’investissement.
Un cercle vicieux ? Peut-être. Mais aux yeux des autorités monétaires, il s’agit sans doute d’un “mal nécessaire” pour éviter une dégradation plus profonde et destabilisatrice de l’économie nationale.
JD