L’ouguiya est-elle à l’abri des turbulences qui secouent les monnaies africaines ?

De nombreuses monnaies africaines subissent actuellement une forte pression sous l’effet de plusieurs facteurs : la hausse des prix du pétrole, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les fragilités économiques internes. À ce jour, vingt-neuf monnaies du continent ont déjà été dépréciées. Dans ce contexte, l’ouguiya est-elle, elle aussi, menacée ?

Le dollar s’échange aujourd’hui à près de 40 MRU (39,96). Pourtant, aucune communication officielle notable n’émane pour l’instant de l’institution monétaire. Le gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM), Dr Dhehbi, rappelait récemment qu’« une banque centrale se doit d’interroger ses propres pratiques avec l’exigence du regard scientifique ». Une déclaration faite à l’occasion du lancement de l’édition inaugurale du CEEM, désormais promu au statut de laboratoire de réflexion autour de la monnaie nationale.

Dans les faits, bien avant la réforme monétaire de 2018 ayant vu le passage du MRO au MRU, l’ouguiya évoluait déjà dans un régime de flottement administré face aux principales devises internationales, notamment le dollar et l’euro. En renonçant à une parité fixe, la BCM cherche à limiter la volatilité de la monnaie nationale et à contenir l’inflation. Mais cette stratégie comporte aussi des risques : la dépréciation monétaire peut elle-même alimenter l’inflation, en augmentant les coûts de production et les prix à la consommation.

Le CEEM, lancé en août 2025, arrive donc à un moment stratégique. Les premières analyses publiées dans son numéro inaugural témoignent déjà d’une volonté de développer une véritable recherche appliquée pour mieux comprendre les mécanismes qui influencent aujourd’hui la valeur de l’ouguiya.

Selon plusieurs rapports de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Union africaine (UA) et du PNUD, cités par des experts, au moins 29 pays africains font face à une forte dépréciation de leur monnaie nationale. Parmi les principales causes figurent la flambée des prix du pétrole, le renforcement du dollar, le poids de la dette extérieure ainsi que la forte dépendance aux importations alimentaires et énergétiques.

Parmi les devises actuellement considérées comme les plus fragiles du continent figurent notamment le leone sierra-léonais, le franc guinéen, le naira nigérian et le kwacha malawite.

Si les rapports ne détaillent pas systématiquement la liste complète des 29 monnaies concernées, ils soulignent néanmoins l’ampleur des pressions qui s’exercent aujourd’hui sur plusieurs économies africaines.

Dès lors, une question demeure : quelle est réellement la place de l’ouguiya dans le paysage monétaire africain actuel ?

Liste des pays dont la monnaie a été dépréciée.

  • Égypte — Livre égyptienne
  • Nigeria — Naira nigérian
  • Ghana — Cedi ghanéen
  • Kenya — Shilling kényan
  • Ouganda — Shilling ougandais
  • Tanzanie — Shilling tanzanien
  • Rwanda — Franc rwandais
  • Malawi — Kwacha malawite
  • Burundi — Franc burundais
  • République démocratique du Congo — Franc congolais
  • Angola — Kwanza
  • Éthiopie — Birr éthiopien
  • Soudan — Livre soudanaise
  • Somalie — Shilling somalien
  • Liberia — Dollar libérien
  • Mozambique — Metical
  • Sénégal — Franc CFA ouest-africain
  • Cabo Verde — Escudo capverdien
  • Gambie — Dalasi
  • Soudan du Sud — Livre sud-soudanaise
  • Sierra Leone — Leone
  • Guinée — Franc guinéen
  • Madagascar — Ariary
  • Comores — Franc comorien
  • Zimbabwe — Zimbabwe Gold (ZiG)

JD

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