Assemblée nationale: Parfaire la loi sur le contenu local…dans la célérité !

La Conférence des présidents de l’Assemblée nationale a renvoyé le projet de modification de la loi sur le contenu local devant la Commission des affaires économiques pour examen. L’objectif serait de parfaire, par certains aspects, la loi n° 2024-045 du 18 décembre 2024.
Le secteur extractif occupe aujourd’hui une place centrale dans l’économie mauritanienne. Il représente près d’un cinquième du PIB et plus des trois quarts des exportations du pays. Fondé sur l’exportation de ressources comme le fer, l’or ou encore le gaz, le secteur extractif génère des recettes en constante progression, ces dernières années. Fort de ses bilans, le gouvernement a vite entrepris d’améliorer son cadre institutionnel, sa transparence (ITIE) et d’en réformer les codes minier et pétrolier.
Pour maximiser le profit du contenu local, en Mauritanie, le gouvernement a mis en place un Secrétariat national au contenu local pour promouvoir l’emploi des compétences nationales et soutenir le développement des entreprises locales. Il en a confié les brides depuis février à Yahya Ould Ahmed El Wagf. Une nomination perçue, en raison de l’expérience de l’ancien premier Ministre, comme une volonté de renforcer la gouvernance économique afin de mieux valoriser les ressources et les compétences nationales
Dans ce sens, le gouvernement a déroulé une stratégie de contenu local afin de “favoriser les entreprises nationales, développer l’emploi local et renforcer les compétences techniques mauritaniennes”. Mais force est de reconnaitre que cette stratégie est toujours à ses premiers balbutiements pendant que le Sénégal, à titre comparatif, a atteint sa vitesse de croisière. Il ambitionne ainsi un objectif de 50% de contenu local d’ici 2030 via ses ressources et services locaux de ses secteurs extractifs.
Nonobstant son retard, la Mauritanie a, sans doute, commencé à engranger des ristournes du contenu local dans son secteur extractif (mines, pétrole et gaz). Les résultats restent néanmoins marginaux par rapport aux attentes en matière d’industrialisation, d’emplois qualifiés et de transfert technologique.
Mais la dynamique est lancée et commence à produire certains effets. Des entreprises locales de transport, de logistique, de maintenance et de services participent progressivement aux projets miniers et gaziers, notamment autour de ce projet. Des programmes de formation ont aussi permis à plusieurs techniciens et opérateurs mauritaniens d’acquérir de nouvelles compétences. Le secteur extractif a ainsi donné au pays une meilleure visibilité internationale et ouvert des perspectives de développement économique plus importantes.
Cependant, les limites restent importantes. Une grande partie de la valeur ajoutée demeure captée par les compagnies étrangères et les fournisseurs internationaux, surtout dans les activités technologiques et industrielles à forte valeur. Le tissu industriel local reste encore fragile, avec peu d’industries de transformation et des PME souvent insuffisamment équipées. Le manque de main-d’œuvre qualifiée constitue également un frein majeur au développement du contenu local et une barrière à la mauritanisation des emplois.
Notre pays n’a donc pas encore pleinement transformé ses ressources extractives. Le contenu local progresse en dents de scie. Le pays semble dans une phase de construction de capacités plutôt que dans une véritable maîtrise nationale de la chaîne extractive. Alors aucune nonchalance sous la coupole parlementaire n’est permise. Les députés sont appelés à mettre les bouchées doubles pour rendre leurs copies.