Energie: “Taqassi” révèle un accord secret conclu entre la SOMELEC et Addax Energy pour enterrer un vieux conflit

Dans une enquête publiée par le site d’investigation mauritanien Taqassi Media («Investigation » en arabe), des documents confidentiels révèlent l’existence d’un accord secret conclu entre la Société mauritanienne d’électricité SOMELEC et Addax Energy pour mettre fin à un conflit judiciaire international. L’enquête montre comment ce différend, porté devant la Chambre de commerce internationale à Paris, concernait sur des pénalités de retard, une garantie bancaire de 10 millions de dollars et une cargaison controversée de fioul. À travers ces révélations, le média « Taqassi » tente de comprendre pourquoi Addax conserve depuis plus d’une décennie une position dominante dans le secteur des hydrocarbures en Mauritanie malgré les nombreuses controverses.
Les documents obtenus par Taqassi Media indiquent qu’un protocole d’accord confidentiel a été signé en décembre 2023 sous la supervision de la Commission nationale des hydrocarbures. Cet accord prévoit des concessions mutuelles : Addax renonce à plusieurs réclamations financières, tandis que la SOMELEC abandonne ses demandes de pénalités de retard évaluées à plus de 23 millions de dollars. En échange, la garantie bancaire de 10 millions de dollars est restituée à Addax, qui verse toutefois 3 millions de dollars à la SOMELEC et lui accorde plusieurs facilités commerciales, notamment des délais de paiement prolongés et une ligne de financement sans intérêts. Les documents révèlent aussi une clause de confidentialité stricte soumettant l’accord au droit français.
L’article signé Saleck Zeid revient également sur la crise déclenchée par la cargaison de fioul transportée par le navire « Nordic Humboldt » en 2021. À l’époque, la SOMELEC affirmait que le carburant était impropre à l’utilisation et qu’il avait provoqué des dysfonctionnements techniques dans certaines centrales électriques, obligeant l’entreprise à recourir au diesel à un coût très élevé. Mais d’autres documents cités par Taqassi montrent que la SOMIR considérait au contraire cette cargaison conforme aux normes contractuelles. Cette contradiction illustre les zones d’ombre entourant le dossier et les raisons ayant conduit les deux parties à s’affronter devant des juridictions internationales avant de parvenir discrètement à un compromis.
Au-delà du règlement du litige, l’enquête met en lumière les interrogations persistantes autour de l’influence d’Addax sur le marché mauritanien des hydrocarbures. Plusieurs critiques accusent l’entreprise de bénéficier d’un traitement privilégié dans les appels d’offres publics, voire de réaliser des marges excessives au détriment de l’État mauritanien. Des responsables et experts interrogés par Taqassi rejettent toutefois ces accusations, affirmant qu’Addax remporte les marchés grâce à ses capacités financières, ses prix compétitifs et son expérience logistique dans un secteur particulièrement complexe et ses réserves d’approvisionnement hydrocarbures à un jet de pierre à Las Palmas.
Enfin, Taqassi souligne qu’au moment même où l’accord secret était signé, Addax obtenait de nouveaux contrats majeurs en Mauritanie, notamment pour l’approvisionnement en carburants et la construction de capacités de stockage à Nouakchott. Le gouvernement mauritanien défend cette coopération en estimant qu’elle garantit la sécurité énergétique du pays, tandis que les concurrents continuent de dénoncer un manque de transparence et une dépendance excessive vis-à-vis d’un « monopole de fait » d’un seul acteur dans un secteur stratégique.