L’Union africaine et la Mauritanie… entre profondeur de l’appartenance africaine et défis de l’avenir.

Chaque 25 mai, les peuples africains commémorent l’une des dates les plus marquantes de leur histoire politique contemporaine : la création de l’Organisation de l’unité africaine, devenue plus tard Union africaine. Cette journée dépasse largement le simple souvenir institutionnel. Elle renvoie à toute une époque de luttes anticoloniales, aux rêves d’émancipation du continent et à la quête d’un projet commun fondé sur la solidarité et le destin partagé des peuples africains.

Lorsque les dirigeants africains se réunissent en 1963 à Addis-Abeba, l’Afrique traverse une période décisive. Les indépendances se succèdent, tandis que les nouveaux États tentent de se reconstruire après des décennies de domination coloniale et de fragmentation politique. C’est dans ce contexte qu’est née l’idée d’une organisation continentale capable d’unifier la voix de l’Afrique sur la scène internationale, à un moment où le monde était profondément marqué par les rivalités de la guerre froide.

Cette période reste associée à des figures historiques majeures comme Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser ou encore Haïlé Sélassié, qui voyaient dans l’unité africaine une nécessité historique plus qu’un simple choix diplomatique. Dès ses premières années, l’Organisation de l’unité africaine soutient les mouvements de libération nationale et accompagne les peuples encore soumis au colonialisme ou à l’apartheid, notamment en Algérie, en Angola et au Mozambique. Elle joue également un rôle politique important dans l’isolement du régime ségrégationniste en Afrique du Sud jusqu’à son effondrement avec l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela.
Mais malgré la portée symbolique de l’OUA, ses limites apparaissent rapidement. Son attachement au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États réduit fortement sa capacité à agir face aux guerres civiles, aux coups d’État et aux conflits qui secouent plusieurs pays africains durant les décennies suivantes.

À la fin de la guerre froide, l’idée d’un cadre continental plus ambitieux s’impose progressivement. L’Afrique doit désormais répondre à de nouveaux défis :

mondialisation économique, crises sécuritaires, développement, intégration régionale. C’est dans cette dynamique qu’est créée, en 2002, l’Union africaine, conçue comme une version modernisée de l’OUA et comme l’expression d’une Afrique tournée vers l’intégration politique et économique.

Depuis lors, l’Union africaine s’est dotée de structures institutionnelles plus élaborées : Conseil de paix et de sécurité, Parlement panafricain, Cour africaine de justice, sans oublier la Commission de l’Union africaine qui constitue son bras exécutif. Le continent a également lancé de grands projets économiques, notamment la Zone de libre-échange continentale africaine, considérée comme l’un des projets d’intégration économique les plus ambitieux au monde.

L’Union africaine repose aujourd’hui sur plusieurs institutions qui structurent l’action panafricaine. La Conférence des chefs d’État et de gouvernement demeure l’organe suprême de décision, tandis que le Conseil de paix et de sécurité joue un rôle central dans la gestion des crises et des conflits. Le Parlement panafricain ambitionne quant à lui de renforcer la participation politique des peuples africains et de promouvoir une culture du dialogue continental. À travers cet ensemble institutionnel, l’UA tente de transformer l’idée panafricaine en mécanismes concrets de gouvernance et de coopération.

Dans le domaine économique,la Banque africaine de développement occupe une place majeure. Depuis sa création en 1964, l’institution finance des projets liés aux infrastructures, à l’énergie, à l’agriculture, à l’éducation ou encore aux transports. Elle s’est imposée comme l’un des principaux leviers du développement africain, même si les besoins du continent restent immenses face aux défis de la pauvreté, du chômage et des inégalités économiques.

Malgré les ambitions affichées, de nombreux objectifs de l’Union africaine demeurent encore difficiles à atteindre. Le continent continue de faire face à une multiplication des crises sécuritaires, à la montée des groupes armés, au retour des coups d’État militaires et aux effets des ingérences extérieures. À cela s’ajoutent les divergences d’intérêts entre États membres et la forte dépendance financière de l’organisation envers ses partenaires internationaux, ce qui alimente régulièrement le débat sur l’autonomie réelle de la décision africaine.

Pour la Mauritanie, l’ancrage africain a toujours constitué une composante essentielle de sa diplomatie, malgré la complexité de son identité à la fois arabe et africaine. Le président fondateur Moktar Ould Daddah a joué un rôle important dans l’intégration du pays au sein de l’espace africain. Défenseur du dialogue entre les États africains, il voyait en la Mauritanie un pont naturel entre le monde arabe et l’Afrique subsaharienne.

Sous la présidence de Mohamed Khouna Ould Haidalla, la Mauritanie connaît l’un des épisodes les plus marquants de son histoire politique contemporaine : le chef de l’État est renversé par un coup d’État en 1984 alors qu’il participe au sommet de Organisation de l’unité africaine à Bujumbura.

Avec Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, la diplomatie mauritanienne s’oriente davantage vers le monde arabe, à travers un rapprochement plus marqué avec la Ligue arabe. Cette orientation nourrit alors un débat interne sur les priorités géopolitiques du pays, sans pour autant remettre en cause son appartenance aux institutions africaines.

La présidence tournante de Union africaine assurée par Mohamed Ould Abdel Aziz en 2014 constitue une étape importante pour la diplomatie mauritanienne. Dans un contexte régional marqué par l’insécurité au Sahel et la montée du terrorisme, Nouakchott tente alors de s’imposer comme un acteur régional crédible sur les questions de paix et de stabilité.

Aujourd’hui, sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la Mauritanie poursuit cette volonté de renforcer son ancrage africain. Le pays mise sur une diplomatie de dialogue, de stabilité et de coopération régionale, notamment dans l’espace sahélien.

Malgré les crises et les fragilités persistantes, l’Afrique dispose d’atouts considérables : une population jeune, des ressources naturelles immenses et un potentiel économique encore largement inexploité. Mais la transformation de ces richesses en véritable puissance continentale dépendra de la capacité des États africains à renforcer leurs institutions, dépasser les logiques de division et construire une intégration plus cohérente.

À l’occasion de ce 25 mai, parler de Union africaine ne revient donc pas seulement à évoquer un passé militant ou une mémoire institutionnelle. Il s’agit surtout d’interroger l’avenir d’un continent toujours en quête de sa pleine souveraineté politique, économique et stratégique. Car l’Afrique, après avoir remporté la bataille de l’indépendance, reste confrontée à un défi plus complexe encore : celui de bâtir des États solides, de produire son propre modèle de développement et d’imposer une voix africaine véritablement indépendante dans le monde contemporain.

 

Par Ahmed Mohamed Hamade – Écrivain et analyste politique

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