Élection de la BAD: Ould Bouh évoque, un an après, «une victoire procédurale majeure de la Mauritanie » qui aurait influencé l’issue finale de l’élection remportée par Sidi Ould Tah

« A deux jours de l’élection du président de la Banque africaine de développement (BAD), la Mauritanie a mené une intense bataille procédurale pour faire abandonner le vote électronique, finalement remplacé par le scrutin secret traditionnel » révèle dans un post, en mémoire de cette élection, l’ancien ministre mauritanien de l’Économie, Sidi Ahmed Ould Bouh.

Dans son témoignage publié sous le titre « Ainsi se sont déroulés les derniers chapitres de l’histoire», l’ancien responsable revient sur les coulisses de la réunion tenue le 27 mai 2025 à l’hôtel Ivoire d’Abidjan, en marge des assemblées annuelles des gouverneurs de la BAD. Cette séance était consacrée à un test grandeur nature du système de vote électronique, une première dans l’histoire de l’institution financière africaine.

Selon Ould Bouh, la délégation mauritanienne nourrissait depuis plusieurs mois des réserves quant à la fiabilité technique du dispositif et à la transparence des algorithmes utilisés.

Ces inquiétudes étaient renforcées, affirme-t-il, par le recrutement tardif d’ingénieurs informatiques chargés du système, ainsi que par le soutien affiché du président sortant de la BAD, le Nigérian Akinwumi Adesina, au candidat sénégalais Amadou Hott, ancien vice-président de la banque et principal concurrent du Mauritanien Sidi Ould Tah.

L’ancien ministre explique avoir informé le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani de ces préoccupations. Le chef de l’État aurait alors recommandé à la délégation de rester vigilante, tout en privilégiant une approche diplomatique et coordonnée afin d’éviter toute tension ouverte.

La séance de simulation organisée à Abidjan aurait rapidement tourné au fiasco technique. En présence de 81 gouverneurs et d’équipes informatiques mobilisées pour assister chaque délégation, le système électronique serait tombé en panne pendant plus d’une heure et demie, empêchant l’achèvement du vote test.

Profitant de cette situation, la délégation mauritanienne a engagé des consultations rapides avec plusieurs gouverneurs africains afin de réclamer le retour au vote secret par bulletin papier, utilisé lors des précédentes élections de la BAD. Les défenseurs de cette option ont notamment souligné qu’aucune assistance technique ne serait autorisée dans la salle le jour du scrutin officiel, conformément au règlement de la banque.

Toujours selon le témoignage de l’ancien ministre, les représentants européens sont restés neutres durant les discussions, tandis qu’un gouverneur d’un pays américain a vivement critiqué le manque de préparation du secrétariat général de la BAD.

Parmi les cinq candidats en lice, quatre avaient initialement accepté le principe du vote électronique. Le candidat mauritanien, Sidi Ould Tah, aurait pour sa part adopté une position prudente, affirmant accepter toute méthode de vote « ayant fait preuve de son efficacité », tout en estimant que les dysfonctionnements observés lors des essais devaient être pris en considération afin de préserver la crédibilité du scrutin.

À l’issue des débats, la présidente du Conseil des gouverneurs, l’Ivoirienne Nialé Kaba — alors ministre de l’Économie et actuelle ministre des Affaires étrangères — a décidé de suspendre définitivement le vote électronique pour cette élection et de revenir au système traditionnel de vote secret par bulletin.

Pour Sidi Ahmed Ould Bouh, cette décision a constitué une victoire procédurale majeure pour la Mauritanie, susceptible d’avoir influencé l’issue finale de l’élection remportée par Sidi Ould Tah.

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