Les véritables problèmes auxquels le secteur de l’eau est confronté

Dans une démarche que certains observateurs considèrent comme une tentative de détourner l’attention de l’opinion publique des véritables problèmes du secteur, la décision d’augmenter le tarif du mètre cube d’eau, prise par la ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement et le Directeur général de la Société Nationale de l’Eau (SNDE), suscite de nombreuses interrogations quant à ses motivations profondes et à ses objectifs réels.

Alors que cette mesure a été présentée comme un moyen de rationaliser la consommation et de préserver les ressources hydriques, de nombreux observateurs estiment qu’elle vise surtout à masquer les graves dysfonctionnements ainsi que l’incapacité persistante du ministère et de la SNDE à satisfaire la demande en eau potable à Nouakchott et dans plusieurs centres urbains de l’intérieur du pays, notamment à Nouadhibou, où les pénuries d’eau demeurent particulièrement préoccupantes.

Il est en effet de notoriété publique que les installations de production et de traitement du projet Aftout Es Saheli, situées à Béni Nadji, connaissent une dégradation progressive de leurs infrastructures hydrauliques et souffrent d’un déficit chronique d’entretien, conséquence directe d’une gestion insuffisamment rigoureuse. Par ailleurs, le projet Idini, qui devait permettre d’accroître la production d’eau d’environ 25 000 mètres cubes par jour, a accusé d’importants retards, empêchant sa mise en service dans les délais initialement annoncés. De nombreuses interrogations demeurent également quant au choix stratégique consistant à augmenter la production à partir du champ captant d’Idini plutôt qu’à renforcer directement les capacités du système Aftout Es Saheli.

Une autre question porte sur le lien éventuel entre cette hausse tarifaire et la volonté d’éviter la répétition des crises de turbidité qui ont affecté la capitale lors de précédentes saisons des pluies, notamment en 2024 et en 2025. L’année dernière, la ministre de l’Hydraulique avait annoncé la mise en œuvre de mesures accompagnées d’un financement de 14 millions de dollars destiné à résoudre définitivement ce problème, notamment à travers l’attribution d’un marché de gré à gré pour la réalisation d’un bassin de décantation.

À l’approche de la saison des pluies de 2026, les citoyens s’interrogent légitimement sur l’efficacité réelle des solutions annoncées. Ils se demandent si les objectifs affichés ont effectivement été atteints ou si l’augmentation des tarifs vise également à réduire la consommation afin d’alléger la pression sur le réseau et de prévenir la réapparition des dysfonctionnements qui, par le passé, ont provoqué d’importantes pénuries d’eau dans la capitale.

Ces interrogations sont d’autant plus légitimes que les investissements consacrés au secteur de l’eau au cours des dernières années se chiffrent à près d’un milliard de dollars dans le cadre des différents programmes d’alimentation en eau potable de Nouakchott. À cela s’ajoutent de nouveaux financements destinés à la réalisation d’infrastructures et d’équipements présentés comme devant résoudre durablement les problèmes de turbidité et améliorer la qualité du service fourni aux usagers.

Dans ce contexte, la situation actuelle appelle à l’ouverture d’un débat publique, afin de permettre à l’opinion nationale ainsi qu’aux habitants de Nouakchott de connaître la réalité de la situation, de comprendre les raisons de la persistance de difficultés dont la résolution a été annoncée à plusieurs reprises, et d’évaluer les résultats concrets des investissements réalisés.
Les citoyens sont en droit d’attendre un service public de l’eau fiable, garantissant une disponibilité suffisante de la ressource, une qualité conforme aux normes requises et un tarif juste, équitable et accessible à tous.

(traduction)

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