Trump-Netanyahou: le temps des frictions

La huitième visite de Benyamin Netanyahou à la Maison Blanche revêt une portée particulière. Elle intervient dans un contexte sensiblement différent des précédentes, marqué par une contestation croissante, aux États-Unis, du soutien jugé inconditionnel de Washington à Israël, aussi bien au sein d’une partie de l’opinion publique que dans certains cercles politiques.
Pour le Premier ministre israélien, ce déplacement constitue une nouvelle occasion de mettre en scène, à l’approche d’échéances électorales, la solidité de la relation privilégiée avec Donald Trump et de rappeler ce qu’il présente comme une « amitié sans faille » entre les deux dirigeants. Toutefois, cette visite se déroule également alors que les États-Unis demeurent confrontés aux conséquences de leur implication militaire contre l’Iran, dans le contexte de leur soutien à Israël. Elle rappelle également le degré de dépendance stratégique d’Israël vis-à-vis de son allié américain : sans l’appui militaire, technologique et logistique des États-Unis, Israël n’aurait vraisemblablement pas été en mesure, à lui seul, de porter des frappes d’une telle ampleur contre les installations nucléaires iraniennes.
Si l’alliance entre Washington et Tel-Aviv demeure solide, plusieurs sujets de friction sont néanmoins apparus ces derniers mois. Au-delà du dossier iranien, l’administration Trump a manifesté son intention de poursuivre les discussions avec l’Arabie saoudite sur un programme de coopération nucléaire civile et d’envisager la vente d’avions de combat F-35 à la Turquie. Ces orientations suscitent de vives inquiétudes en Israël, où elles sont perçues comme susceptibles d’éroder, à terme, l’avantage militaire qualitatif dont bénéficie l’État hébreu dans la région.
Le Financial Times rapporte que Donald Trump aurait répondu aux objections de Benyamin Netanyahou concernant une éventuelle vente de F-35 à Ankara en déclarant : « Personne ne nous dicte ce que nous devons vendre. » Il aurait également affirmé qu’« Israël ne pourrait pas survivre sans les États-Unis », une remarque au ton inhabituellement direct à l’égard du principal allié régional de Washington et qui souligne le rapport de dépendance stratégique entre les deux partenaires.
Parallèlement, plusieurs observateurs à Washington estiment que Donald Trump pourrait chercher à accroître sa pression sur Benyamin Netanyahou afin d’obtenir des avancées sur plusieurs dossiers régionaux : accélération de la mise en œuvre de sa propre vision pour la bande de Gaza, validation de certains arrangements concernant le Liban et la Syrie, ainsi qu’une plus grande ouverture israélienne à des compromis régionaux auxquels le gouvernement israélien s’est jusqu’ici montré réticent.
Enfin, cette rencontre intervient alors que la situation en Cisjordanie occupée continue de se dégrader. Après les destructions massives observées dans la bande de Gaza, la multiplication des opérations militaires israéliennes, l’intensification des violences commises par des colons contre des Palestiniens, les déplacements forcés de populations et l’extension des implantations alimentent les accusations de violations graves du droit international. De nombreux observateurs, organisations internationales et ONG dénoncent une convergence d’action entre certains groupes de colons et l’armée israélienne, favorisant les expropriations de terres palestiniennes et l’aggravation des violences. Dans cette perspective, le soutien politique apporté par l’administration Trump, ou son absence de réaction face à ces évolutions, est présenté par ses détracteurs comme une erreur stratégique et morale majeure, susceptible d’alimenter durablement l’instabilité régionale et d’affaiblir davantage la crédibilité des États-Unis sur la scène internationale.