Durcissement migratoire: autrefois un asile, l’Ue combat désormais “les damnés” de la terre

L’Europe poursuit le durcissement de sa politique migratoire. Dernière illustration en date, le projet porté par le Danemark, l’Allemagne, l’Autriche, la Grèce et les Pays-Bas de créer, dès 2027, des « centres de retour » dans des pays situés hors de l’Union européenne pour y transférer des migrants déboutés de leur demande d’asile.

Réunis à Copenhague, les cinq pays espèrent conclure d’ici au début de 2027 un accord avec un État partenaire susceptible d’accueillir ces personnes en situation irrégulière. Le Danemark et la Grèce ambitionnent déjà de rendre opérationnel un premier centre au cours de l’année prochaine. L’Europe après avoir raillé le président Us D.Trump s’inspire désormais de lui.

Ce projet de barricades traduit une évolution profonde de la politique migratoire européenne, désormais davantage tournée vers le contrôle des frontières, la détention et l’éloignement des personnes déboutées du droit d’asile. En juin dernier, le Parlement européen a approuvé de nouvelles règles élargissant notamment les possibilités de détention et ouvrant la voie à des dispositifs de retour dans des pays tiers.

Derrière cette évolution, c’est toute la question de l’avenir de plusieurs millions de personnes qui se retrouve posée. Des hommes, des femmes et des enfants qui, souvent, ont abandonné leurs biens, leurs familles et leurs repères dans l’espoir de trouver ailleurs des conditions de vie plus clémentes se retrouvent désormais confrontés à une Europe qui se ferme progressivement.

Le phénomène intervient alors que les formations politiques d’extrême droite sont aux commandes de plusieurs gouvernements européens après avoir surfé sur la présence de communautés issues d’autres cultures boostant ainsi le débat politique. Pour ces mouvements, la réduction de l’immigration est devenue un marqueur politique majeur, contribuant à déplacer progressivement le débat européen vers des politiques plus restrictives.

Qui est réellement visé par ce durcissement ?

La question mérite d’être posée, notamment en Afrique. Les ressortissants africains figurent parmi les principales populations concernées par les politiques européennes de contrôle des migrations. À cela s’ajoutent les inquiétudes liées à la montée, dans certains pays, de discours hostiles aux immigrés et, plus largement, aux musulmans, alimentant le sentiment d’une stigmatisation croissante de certaines communautés.

L’Afrique ne peut dès lors rester indifférente à une évolution susceptible d’affecter directement la mobilité de ses ressortissants. L’Union africaine pourrait-elle prendre l’initiative d’un débat politique de haut niveau avec l’Union européenne afin de replacer la question migratoire dans son contexte historique, économique et humain ?

Une telle démarche pourrait notamment rappeler que les relations entre l’Europe et l’Afrique ne peuvent être dissociées de l’histoire de la colonisation, de l’exploitation des ressources africaines et des liens économiques et humains construits au fil des siècles. Elle pourrait également poser la question de la responsabilité partagée dans la recherche de solutions durables aux migrations.

Car au-delà du principe de contrôle des frontières, c’est la question de la liberté de circulation qui se trouve aujourd’hui au cœur du débat. Comment concilier le droit souverain des États à contrôler leurs frontières avec les aspirations à la mobilité d’une jeunesse africaine confrontée au chômage, aux inégalités et à l’absence de perspectives ?

Les précédents montrent par ailleurs les difficultés de cette externalisation des politiques migratoires. Le Royaume-Uni a finalement abandonné son projet d’expulser des migrants vers le Rwanda, tandis que le dispositif italien en Albanie a été confronté à des recours judiciaires.

Le projet des cinq pays européens ouvre ainsi une nouvelle étape dans la politique migratoire de l’UE. Mais il pose aussi une question de fond : jusqu’où l’Europe peut-elle externaliser le contrôle de ses frontières sans transformer la migration en un face-à-face politique avec les pays dont sont originaires les migrants ?

Pour l’Union africaine, l’enjeu pourrait désormais être de dépasser la simple réaction aux décisions européennes et de porter une position commune sur la mobilité des Africains, la dignité des migrants et les responsabilités historiques et actuelles des deux continents.

Des faits qui sur le terrain sont contredits par le rôle d’Etats africains qui servent de centre d’accueil des migrants dont l’Europe ne veut pas.

J.D

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