Ministère de l’Éducation : La purge immorale des retraités de l’administration du Fonds logement – Quand l’administration de la tutelle trahit ses retraités

Le Secrétaire Général du Ministère de l’Éducation et de la Réforme de l’Enseignement vient de signer un acte administratif intempestif et inopportun, jetant ainsi l’anathème sur plus d’une douzaine de retraités. En effet, une liste de 25 retraités de l’administration centrale et/ou régionale 2025-2026 a été rendue publique avec une mention qui sonne comme un couperet : pour sept d’entre eux, l’exclusion est « définitive » du bénéfice du Fonds d’appui au logement des enseignants ; pour les dix-huit autres, elle est « provisoire », conditionnée par une preuve: celle d’avoir pratiqué « au moins quinze années sur le terrain » à démontrer ironiquement par les intéressés, eux-mêmes.

Cet acte est juridiquement entaché d’illégalité puisqu’il violele principe de non-rétroactivité dans la mesure où il remet en cause en cause une situation quasiment acquise: les enseignants retraités courant 2025 et ceux au 1er janvier 2026.Une méthode qui a indigné les retraités concernés qui ne s’attendaient nullement à cette mesure qui est venue, en point d’orgue, briser leur espoir de partir avec un modeste « décompte ».

Derrière le jargon administratif, et sous couvert de respecter des critères administratifs, on assiste là, à un dévoiement de l’esprit même de ce Fonds d’appui au logement censé être accessible pour des fonctionnaires désormais retraités.

Rappel des faits – Un Fonds censé réparer une injustice historique

Pour rappel, le Fonds d’appui au logement des enseignants en Mauritanie, créé en 2025, est une initiative gouvernementale visant à fournir des logements décents à travers un système d’aide (75% État / 25% enseignant). L’objectif de ce fonds est d’offrir des logements décents pour améliorer les conditions de vie et la valorisation des enseignants.

Une aide financière de 7 millions d’ouguiyas anciennes (MRO) est accordée aux enseignants du terrain, dont 75% est subventionnée par l’État. L’enseignant contribue à hauteur de 25% via une retenue mensuelle sur 15 ans (180 mois).

Pour bénéficier du Fonds, l’intéressé doit remplir les conditions d’éligibilité suivantes :

-Être fonctionnaire recruté pour enseigner ;

-Être actuellement employé au profit du ministère chargé de l’enseignement fondamental et secondaire ;

-Être actuellement en poste sur le terrain, en tant qu’enseignant ou encadreur, ou avoir été empêché d’achever son service sur le terrain en raison de circonstances impérieuses justifiées par les autorités compétentes ;

-Avoir exercé sur le terrain avant en tant qu’enseignant ou encadreur pour une durée de 15 ans. Les enseignants et les encadreurs exerçant dans clans l’administration centrale ou régionale qui ne remplissent pas le critère d’éligibilité d’adhésion au fonds (15 ans d’exercice sur le terrain) peuvent regagner le terrain pour compléter cette condition et bénéficier de l’appui du Fonds.

Une lecture restrictive: la loi reste flexible, mais l’administration, non !

L’argument avancé pour justifier ces exclusions est le critère des « quinze années de pratique sur le terrain ». Or, force est de constater que la commission chargée d’avaliser la liste des bénéficiaires a fait une lecture, au mieux restrictive, au pire malveillante, des conditions d’éligibilité susmentionnées.

Premier vice, et non des moindresEn effet, l’application de l’Arrêté relatif audit fonds étant devenue effective seulement en septembre 2025 ; le critère de quinze années d’exercice sur le terrain ne saurait être appliqué aux retraités mais seulement sur les enseignants encore actifs ;

Deuxième vice : l’administration fait semblant d’ignorer que beaucoup de ces enseignants incriminés ont quitté le terrain non par choix, mais par nécessité de service. Détachés pour renforcer l’administration centrale, certains sont devenus des experts, ont validé des formations supérieures diplômantes, et ont servi l’État dans des postes à haute responsabilité.

Circonstances impérieuses : parmi les «exclus définitifs »,certains ont été obligés de quitter provisoirement le pays pour suivre leurs conjoints suite aux douloureux événements de 89 avec un pays voisin. D’autres ont subi des opérations chirurgicales handicapantes ou ont fait l’objet d’un détachement justifié par une nécessité de service.

Au demeurant, passer toute une carrière sur le terrain n’a jamais était gratifiant pour un enseignant. Pour preuve, une enseignante de la promotion accélérée de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de la promotion septembre 2001 fut affectée comme chef de service au sein du Ministre de l’Éducation sans jamais pratiquer. Quelques années plus tard, elle fut nommée Ministre pendant que ses collègues, plus méritants, sont sur le terrain ou dans l’administration centraleou régionale.

En fin, les retraités de l’administration ne devraient pas être les victimes expiatoires de la gestion des ressources au sein du Ministre de l’Éducation qui est seul responsable du redéploiement de son personnel.

L’hypocrisie du critère des « 15 ans » ou comment piéger ceux qui ne peuvent plus plaider

La Commission a perdu de vue que les conditions d’éligibilité au fonds d’appui au logement prévoient possibilités pour contourner sinon relativiser la contrainte de « 15 ans d’exercice sur le terrain ». En effet, l’un  des critères d’éligibilité au Fonds stipule que  « Les enseignants et les encadreurs exerçant dans clans l’administration centrale ou régionale qui ne remplissent pas le critère d’éligibilité d’adhésion au fonds (15 ans d’exercice sur le terrain) peuvent regagner le terrain pour compléter cette condition et bénéficier de l’appui du Fonds ». C’est là que réside l’iniquité la plus flagrante. Les retraités, eux, n’ont pluscette seconde chance. On leur ferme la porte au nez en leur disant : « Vous auriez dû rester sur le terrain », alors que c’est l’administration elle-même qui les en a sortis pour répondre à ses propres besoins.

Par ailleurs, demander aux 18 autres enseignants retraités de « démontrer » qu’ils ont bien exercé sur le terrain pendant 15 ans relève de l’aveu de faiblesse et de l’incompétenceadministrative. C’est renverser la charge de la preuve de manière absurde. C’est comme si, dans un procès, on demandait à l’accusé de prouver son innocence sans avocat, face à un parquet silencieux. Leurs états de service ne suffisent-ils pas ? Leurs bulletins de salaire, leurs affectations, leurs années de cotisation sont-ils devenus invisibles ?

Immoralité et mépris de classe : Une administration sans mémoire

Un fonctionnaire retraité qui reçoit une lettre du Ministère de la Fonction Publique le remerciant pour « une carrière accomplie au service de la nation » ne mérite pas de se voir opposer un refus sec pour l’accès au fonds du logement. Ce remerciement officiel est un engagement moral de l’État envers ses anciens serviteurs.

En les excluant du Fonds, l’administration leur signifie qu’ils ont été utiles pendant près de 30 ans ou plus, mais que leurs besoins une fois retraités ne regardent plus personne. Pourtant, ces hommes et ces femmes ne partent pas à la retraite avec des fortunes. Un enseignant mauritanien à la retraite touche une pension qui oscille entre 7000 à 8 000 MRU (anciennes). Vivre avec cela, sans accès à un logement décent, dans un pays où le coût de la vie ne cesse d’augmenter, c’est les condamner à la précarité après les avoir épuisés au travail.

Appel à la révision immédiate – La dignité des retraités n’est pas négociable

Il ne s’agit pas ici d’une simple querelle administrative. C’est une question de dignité humaine et de justice sociale.

Nous exigeons du Ministère de l’Education et de la commission de pilotage du Fonds :

La révision immédiate de la liste des bénéficiaires, en intégrant de droit tous les retraités, y compris ceux qui ont fait valoir leurs droits à la retraite le 1er janvier 2025, avant la date d’effet de l’arrêté, sans condition de réversibilité impossible.Une révolte, étant en train de couver, portée par ces derniers, exclus d’office au seul justificatif que l’Arrêté relatif au Fonds n’a été appliqué qu’en septembre 2025;

La suppression de l’exigence des « 15 ans prouvés » pour les retraités, ceux-ci ayant déjà été contrôlés, validés et honorés par l’État pour l’ensemble de leur carrière ;

La reconnaissance que les détachements pour nécessité de service dans l’administration centrale constituent, non pas un handicap, mais une forme de service au public tout aussi légitime que l’enseignement sur le terrain.

Refuser la possibilité d’avoir un toit à ceux qui avaient un statut d’enseignant, sous prétexte d’une lecture rigoriste d’un texte conçu pour aider, est une faute morale. Est-il même décent de chercher à faire des économies sur 7 ou 18 malheureux professeurs et/ou instituteurs, fraichement retraités, et sans aucunes perspectives car ne bénéficiant d’aucuns décompte contrairement aux retraités régis par la convention collective du travail ?

L’histoire jugera sévèrement ceux qui, aujourd’hui, par aveuglement bureaucratique, choisissent de frapper ceux qui ne peuvent plus se défendre.

Aux retraités exclus, nous disons : votre combat est juste. À l’administration, nous disons : revenez à la raison et à l’humanité. Le Fonds logement a été créé pour bâtir des maisons, pas pour ériger des murs entre l’État et ses anciens serviteurs.

Le Ministère de l’Education et de la Réforme de l’Enseignement ne doit pas être surpris de voir,  dans les prochains jours, une centaine de personnes battre le pavé pour protester contre cette grande injustice faite à l’égard des enseignants retraités 2025 et 2026, de l’administration centrale et régionale.

Au moment où le monde est en train de vivre une crise énergétique et probablement financière, le gouvernement mauritanien peut bien se passer ces sempiternelles récriminations conséquence directe  de la défaillance duMinistère de l’Éducation et de la Réforme de l’Enseignement.

Mohamed Ahmed 

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