Tchad : Succès Masra et d’autres opposants politiques graciés

Condamné pour “diffusion de message à caractère haineux et xénophobe” et “complicité de meurtre”, Succès Masra purgeait depuis plus d’un an une peine de 20 ans de prison ferme.
Avant la prison, l’économiste de 42 ans et figure populaire de l’opposition, avait été contraint à l’exil au Cameroun fin 2022, après une manifestation violemment réprimée lors de laquelle de nombreuses personnes avaient été tuées par les forces de l’ordre.
Un an plus tard en vertu d’un accord conclu avec le gouvernement tchadien à Kinshasa, il était rentré au Tchad puis nommé Premier ministre peu après. Lors de l’élection présidentielle de mai 2024, il était arrivé deuxième avec près de 20% des voix.
Mahamat Idriss Déby avait pour sa part recueilli environ 60% des suffrages et remporté l’élection contestée et boudée par une bonne partie de l’opposition.
Un procès puis la prison
Succès Masra était emprisonné depuis mai 2025, accusé d’avoir “incité” au massacre de Mandakao lors duquel 42 personnes, “majoritairement des femmes et des enfants”, ont été tuées le même mois.
Un message audio, présenté comme datant de 2023, avait été mis en avant par la justice pour incriminer l’homme politique.
Selon une traduction en français du message en langue ngambaye, le président du parti d’opposition y aurait notamment dit : “Apprenons-nous les uns et les autres à utiliser une arme à feu (…), soyons tous des boucliers protecteurs”.
Cela lui vaudra une condamnation à 20 ans de prison ferme. La grâce présidentielle dont il vient de bénéficier devrait entraîner une “remise totale des peines privatives de liberté”, indique le décret publié ce vendredi 14 août sur la page Facebook de la présidence tchadienne.
D’autres opposants graciés
Outre Succès Masra, les membres de la coalition d’opposition GCAP, dissoute par la Cour suprême au mois d’avril, ont également été graciés. Ils avaient été arrêtés alors qu’ils organisaient une manifestation interdite par les autorités.Les huit dirigeants de partis, tous membres de la plateforme de l’opposition (GCAP), Groupe de concertation des acteurs politiques, étaient condamnés depuis mai à huit ans de prison ferme, jugés coupables de fomenter une insurrection. Quatre des condamnés, à savoir Bidi Valentin, Kelou Bombaye, Avocksouma Djona et Bokori Ahmed, avaient obtenu une liberté provisoire en raison de la dégradation de leur état de santé et de leur âge avancé, quatre autres, dont les plus virulents, Max Kemkoye et Nassour Koursami, demeuraient eux derrière les barreaux, malgré un état de santé également détérioré.
Avec une grâce plutôt qu’une amnistie, les opposants détenus retrouvent leur liberté mais la condamnation subsiste : ils conservent leur casier judiciaire, leurs peines civiles et pécuniaires et deviennent inéligibles.
Le Tchad qui compte près de 20 millions d’habitants, est dirigé depuis 2021 par Mahamat Déby, qui avait pris la tête d’une transition militaire à la mort de son père Idriss Déby Itno, tué par des rebelles après 30 ans à la tête du pays.
En octobre 2025, une révision constitutionnelle adoptée avec une large majorité au Parlement a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite.
Auteur: Avec agences
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