Sénégal : le FMI ouvre la voie à 2,2 milliards de dollars, Dakar accepte de restructurer sa dette

Après deux ans de bras de fer, Dakar et le FMI ont conclu un accord de 2,2 milliards de dollars. Le prix à payer : une restructuration de la dette que le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye avait longtemps refusée.
Après plus de deux ans de négociations, parfois houleuses, le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) sont enfin parvenus à un accord, le 1er septembre. Au terme de la huitième mission du Fonds depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye, les services du FMI et les autorités sénégalaises ont conclu un staff-level agreement ouvrant la voie à un nouveau programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trente-six mois, annonce un communiqué de l’institution.
Mais l’accord a un prix : selon un communiqué publié le même jour par le ministère des Finances, l’État sénégalais va restructurer sa dette dans le cadre commun renforcé du G20. Une concession majeure pour un gouvernement qui avait, jusqu’ici, toujours refusé d’envisager officiellement ce scénario.
Les faits. Le FMI et le gouvernement sénégalais se sont accordés sur les principales politiques économiques qui pourraient soutenir un nouveau programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, sur trente-six mois. Le programme doit « soutenir la réforme des finances publiques, renforcer la transparence budgétaire et restaurer la soutenabilité de la dette, tout en protégeant les ménages vulnérables ».
Néanmoins, avant son passage devant le conseil d’administration, Dakar devra encore prendre des mesures correctrices dans le dossier de misreporting, c’est à dire de fausse déclaration suite à la révélation de la dette cachée, et obtenir les garanties de financement nécessaires de ses partenaires.
Surtout, le gouvernement sénégalais a confirmé son intention de restructurer sa dette dans le cadre commun renforcé du G20, afin de restaurer sa soutenabilité. Le dispositif doit tenir compte de la composition particulière de la dette sénégalaise.
Le contexte. Le précédent programme du FMI, d’un montant de 1,8 milliard de dollars, avait été suspendu en 2024 après la découverte d’environ 13 milliards de dollars de dette non déclarée sous l’administration de Macky Sall. C’est l’affaire de la dette cachée. Depuis, le Sénégal a dû se financer largement sur le marché régional en l’absence du FMI et des autres bailleurs.
Fin août, Moody’s a encore abaissé sa note souveraine, de Caa1 à Caa2, avec perspective négative, en raison notamment de la hausse des besoins de refinancement et des marges de manœuvre limitées pour réduire la dette. Les discussions se sont accélérées ces derniers mois, entre autres après la réorganisation de l’équipe gouvernementale. La restructuration, longtemps rejetée par les autorités, était devenue de plus en plus difficile à éviter.
Ce que ça change. L’accord avec le FMI donne enfin à Dakar une perspective de financement et un ancrage pour rétablir la confiance des bailleurs et des investisseurs. Le programme doit permettre de mobiliser des financements de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires.
Mais, surtout, la restructuration va permettre de desserrer la contrainte du service de la dette. Dans le cadre commun du G20, le Sénégal devra négocier avec ses créanciers officiels un traitement de sa dette, tout en réglant parallèlement la question des créanciers privés. Le gouvernement entend obtenir une solution adaptée à la structure de son endettement. Pour Dakar, c’est donc la fin d’une stratégie consistant à repousser l’échéance par de nouveaux emprunts : il faut désormais négocier avec les créanciers pour rendre la dette soutenable.
L’analyse. C’est un tournant majeur pour Bassirou Diomaye Faye. Depuis son arrivée au pouvoir, son gouvernement avait fait de la restauration de la souveraineté financière et du refus d’une restructuration un marqueur politique. La réalité des chiffres a finalement rattrapé Dakar.
Le scénario rappelle celui d’autres pays africains passés par le Cadre commun tels que le Ghana, la Zambie ou le Tchad, mais le cas sénégalais sera particulier : le pays n’a pas fait défaut et devra négocier avec une structure de créanciers beaucoup plus diverse. L’enjeu sera désormais de savoir l’ampleur de soulagement de dette que Dakar pourra obtenir, et à quel coût économique et politique. Les autorités ont annoncé que les négociations ne porteront que sur la dette extérieure, celle libellée en francs CFA est donc exclue des négociations à venir.
Enfin, l’exécutif va devoir composer avec une assemblée nationale acquise à Ousmane Sonko. Pour ce dernier, la restructuration de la dette sénégalaise a toujours constitué une ligne rouge. Reste à savoir dans quelle mesure il pourra faire obstruction aux futures négociations.
Sénégal : le FMI ouvre la voie à 2,2 milliards de dollars, Dakar accepte de restructurer sa dette