Génocide culturel : Israël a endommagé ou détruit plus de 70 % du patrimoine culturel de Gaza

Le centre Al mezan pour les droits humains alerte sur une « dévastation culturelle [qui] affaiblit les liens de la société palestinienne avec son passé et, par conséquent, sa capacité à se relever. » 

Un nouveau rapport du centre Al Mezan pour les droits humains rapporte que moins d’un tiers des sites historiques et culturels de Gaza est encore intact, après bientôt 3 ans de guerre génocidaire menée par Israël.

Il s’agit notamment de lieux de culte, de cimetières, de demeures historiques, de marchés traditionnels, de sites archéologiques, de musées, de bibliothèques et d’établissements d’enseignement historiques. Ce sont au total 226 sites recensés par Al Mezan qui ont été détruits, totalement ou partiellement, entre le 7 octobre 2023 et le 31 décembre 2025.

Un bilan qui pourrait être bien plus grave, avertit l’organisation, qui souligne ne pas avoir pu accéder à 63 sites historiques potentiellement affectés situés par-delà la « ligne jaune », dans la zone maintenue sous contrôle militaire israélien depuis octobre 2025. « Ls forces d’occupation israéliennes menant manifestement des bombardements et des explosions de grande ampleur dans la zone jaune, l’étendue des dégâts causés aux sites y est probablement encore plus importante à l’heure actuelle », précise Al Mezan.

Dans le rapport de 37 pages publié aujourd’hui, l’ONG dénonce des destructions systémiques qui ne relèvent pas de dommages collatéraux, mais bien d’une volonté israélienne de porter un préjudice durable au peuple palestinien dans ce qui en constitue l’essence même, sa singularité et sa capacité de se raconter.

« La destruction matérielle à Gaza a des répercussions psychologiques et culturelles sur sa population », souligne le rapport. « Gaza a subi un effondrement grave sur les plans social, éducatif, médical et infrastructurel, ce qui rend la reconstruction culturelle particulièrement difficile. La disparition d’artistes, d’écrivains, de journalistes et d’universitaires menace encore davantage la culture et l’identité palestiniennes contemporaines. Cette dévastation culturelle affaiblit les liens de la société palestinienne avec son passé et, par conséquent, sa capacité à se relever. »

Destructions et pillages

Les conclusions du rapport, qui s’appuie sur des données recensées auprès d’institutions locales et vérifiées au cours de visites indépendantes et d’entretiens, sont sans appel.

Elles soulignent un schéma bien précis d’attaques israéliennes ciblant les sites historiques. « Dans un premier temps, [les forces israéliennes] ont bombardé les bâtiments environnants, causant des dégâts plus ou moins importants aux sites patrimoniaux situés à proximité. Cette étape a été suivie par le ciblage délibéré et direct de sites archéologiques et historiques emblématiques. Par la suite, après avoir mené des incursions terrestres à travers la bande de Gaza, elles ont commencé à raser et à ensevelir ces sites, puis ont rasé des quartiers historiques entiers, en particulier dans la ville de Gaza. »

Outre ces destructions volontaires et disproportionnées, Al Mezan souligne le pillage systématique de ces sites, signalant de nombreux objets volés parmi lesquels des horloges, des pierres précieuses, des morceaux de marbre, des statues, des pierres sculptées, des colonnes antiques et d’autres éléments architecturaux. Les sites concernés se trouvaient dans des zones entièrement contrôlées par les forces israéliennes au moment des vols, précise le rapport.

70% des sites historiques et culturels sont concernés par ces destructions. Parmi eux, la moitié ont été entièrement détruits, 30 % gravement endommagés et 15% légèrement endommagés. 72% des sites concernés se situaient dans la ville de Gaza, qui abritait une forte concentration de sites archéologiques classés.

Le rapport l’Al Mezan examine également ces destructions catastrophiques à la lumière des cadres juridiques internationaux applicables, notamment le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme, qui proscrit largement la destruction disproportionnée et délibérée du patrimoine culturel. En particulier, les auteur-ices se réfèrent à l’article 53 du premier Protocole additionnel aux Conventions de Genève, considéré comme contraignant pour Israël en vertu du droit international coutumier, interdit « tout acte d’hostilité dirigé contre des monuments historiques, des œuvres d’art ou des lieux de culte qui constituent le patrimoine culturel ou spirituel des peuples ».

La remise en cause de la continuité civilisationnelle

Les bombardements massifs infligés par Israël à l’ensemble de la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023 ont entraîné une destruction généralisée des infrastructures civiles, notamment des hôpitaux, des centres de santé, des universités, des écoles et des institutions culturelles. C’est l’ensemble de la société et de ce qui permet son autonomie qui a été détruit.

Mais si le centre Al Mezan a choisi de se concentrer sur les destructions causées aux bâtiments et sites culturels, c’est que ces derniers comportent une composante fondamentale de l’identité et de la mémoire collective.

« Les dégâts considérables subis par ces sites ne sont pas simplement des dommages collatéraux, c’est-à-dire la conséquence involontaire d’attaques visant des objectifs militaires. Il s’agit d’une méthode génocidaire qui contribue à l’effacement d’un peuple. L’impact d’une telle attaque sur le patrimoine est multiple et profond. »

En effacant les sites archéologiques de Gaza, Al Mezan craint qu’Israël souhaite relativiser voir remettre en cause la continuité civilisationelle de la présence des palestinien-nes sur leurs terres, pour imposer une nouvelle réalité.

« Les gens s’habituent à ces nouveaux paysages de décombres. Les images mentales de ce qui s’y trouvait auparavant s’effacent de la mémoire collective. Une nouvelle norme s’installe », déplorent les auteur-ices, qui s’inquiètent de la possible perte du sentiment d’appartenance du peuple paletinien à sa terre, avec l’effacement de ses symboles.

En outre, le rapport pointe la destruction par Israël de 101 maisons historiques, disloquant les familles qui y étaient installées depuis plusieurs générations, brisant les liens des individu-es à leurs ancètres.

« Les ruelles couvertes, les bains publics, les habitations et les places de marché incarnent les rituels sociaux, les économies locales, les relations de voisinage et la présence humaine. Ils constituent le journal intime du quartier et de ses habitants ; ce sont des lieux de vie où des générations de personnes se sont rassemblées dans la joie comme dans la peine. Ces sites reflètent toute une société. Les effacer affaiblit la capacité d’un peuple à préserver ses récits personnels et collectifs. »

Génocide culturel : Israël a endommagé ou détruit plus de 70 % du patrimoine culturel de Gaza – Agence Media Palestine

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