France / Mort d’Al Hacen Diarra : le ministre de l’Intérieur refuse de suspendre les policiers

Malgré des coups constatés, Laurent Nuñez estime n’avoir « aucune raison » de suspendre les agents impliqués dans l’interpellation.
Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a refusé de suspendre les policiers impliqués dans l’interpellation d’El Hacen Diarra, décédé en garde à vue dans un commissariat du 20ᵉ arrondissement de Paris, dans la nuit du 14 au 15 janvier.
Interrogé par la députée Danièle Simonnet à l’Assemblée nationale, Laurent Nuñez a évoqué un « drame » mais a tenu à préciser le contexte de l’interpellation. « Il y a eu un contrôle dans la nuit du 14 au 15 janvier, un contrôle d’un individu qui roulait une cigarette de cannabis », a-t-il affirmé, ajoutant que l’homme aurait refusé le contrôle, entraînant une altercation avec les agents. « Il a entraîné dans sa chute deux policiers », a-t-il déclaré, précisant qu’un usage du taser avait été effectué sur le mollet du suspect avant son transfert au commissariat « sans incident particulier ».
Cité par la presse française, le parquet de Paris a indiqué que l’autopsie réalisée sur la victime fait état d’une fracture du cartilage thyroïdien, d’une plaie profonde à la tempe, ainsi que d’un arrêt cardio-respiratoire. Toutefois, les causes exactes du décès ne sont pas encore formellement établies. « Il y a un rapport d’autopsie qui a été rendu (…), on ne connaît pas encore les causes de la mort », a insisté Laurent Nuñez. Il a aussi indiqué que des investigations médicales complémentaires étaient en cours.
Le ministre a reconnu l’existence de vidéos, dont une captée par un témoin et transmise à la justice. Elle montre des coups portés lors de l’interpellation. « Il y a deux coups qui sont portés à cet individu. Mais de là à en déduire que ces coups ont été mortels, il y a un pas que je ne franchis pas », a-t-il déclaré à l’Assemblée.
À ce stade, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), saisie par le parquet, poursuit l’enquête. Le ministre affirme qu’il fait « confiance à la justice pour faire toute la lumière » sur ce dossier. Il conclut ne voir « aucune raison » de suspendre les fonctionnaires impliqués.
De son côté, la famille d’El Hacen Diarra, ressortissant mauritanien âgé de 35 ans, exige la suspension et la mise en cause des policiers. Plusieurs associations et élus dénoncent un usage disproportionné de la force et pointent du doigt la répétition des décès en garde à vue.
Selon plusieurs recensements indépendants, la France figure parmi les pays européens les plus touchés par les décès en lien avec des interventions policières ou des gardes à vue. Entre 2020 et 2022, 107 personnes sont mortes dans ce contexte, un chiffre qui place le pays en tête des statistiques compilées dans treize États membres de l’Union européenne. Une étude menée sur deux décennies recense au moins 560 morts lors de missions des forces de l’ordre depuis 2005.
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